Plus loin avec le Lean Startup (part 1 – vision)

Qu’est-ce que le Lean Startup ?

Le Lean Startup est une approche que l’on considère comme apparentée Agile utilisée pour créer une nouvelle activité (avec un nouveau produit) ou pour un nouveau produit. Cette approche a été initiée par Eric Ries en 2008 qui se base sur la pensée du Lean dans les entreprises de la Silicon Valley.

Pour simplifier, le Lean Startup propose de diminuer les cycles de commercialisation avec des concepts de remise en question continuelle.

Voici un premier article que j’avais écrit qui fait un tour rapide du Lean Startup :

Article : Découvrez les bases du Lean Startup

Bouygues Telecom s’y ait testé

Sachez que de grands groupes ont tenté de se lancer dans le Lean Startup pour réaliser ses produits. Le premier exemple est l’un des grands acteurs Telecom français : Bouygues Telecom.

Il a mis 3 concepts en place pour la création de leurs nouveaux produits : travailler en petits lots, contrainte de temps sur chaque lot et développement de pretotype (des démonstrations jetables).

Ils ont même été jusqu’à faire un comité de direction dans les allées d’un Leroy Merlin pour comprendre ce que les gens avaient besoins chez eux pour leurs projets domotiques ; être au coeur de ses clients, c’est mieux les comprendre.

Le Lean Startup pas seulement pour la création de startup

Pour avoir moi même amené le Lean Startup dans une entreprise déjà en place depuis des années, je peux vous affirmer que les concepts apportés par cette approche fonctionnent très bien pour les entreprises qui désirent repartir sur de nouveaux produits.

Nous voyons trop de grands groupes aujourd’hui en panne d’innovation pour différentes raisons ; le Lean Startup pourrait être l’approche à adopter pour propulser l’innovation au sein de ceux-ci.

Bouygues qui a vécu des périodes difficiles ces dernières années et y a trouver la force d’avoir cette capacité à innover. Si ces grands groupes peuvent le faire, toutes les entreprises sont capables de le faire ; faut-il vouloir le faire et s’en donner la capacité.

La naissance du Lean Startup

Comme de nombreux entrepreneurs, Eric Ries n’a pas connu que des succès ; il est même le premier à avouer des échecs qui lui ont donné l’impression de voir son monde s’effondrer.

Il a alors pris la décision de tester de nouvelles méthodes qui lui permettrait de connaitre de meilleurs dénouements dans la création de sa nouvelle startup IMVU.

Pour cela, il n’a pas essayé d’inventer mais il a analysé ce qui existait dans d’autres secteurs. Il a d’ailleurs regardé du côté du Lean appliqué chez Toyota qui propose une nouvelle façon de fabriquer les choses ; il a vu en ce Lean Manufacturing de nombreuses choses qui pouvaient lui apporter beaucoup dans sa nouvelle startup.

Son adaptation du Lean pour les Startup a permis à son entreprise de vivre en véritable succès. En 2011, l’entreprise embauche plus de cent employés, fait un chiffre d’affaire de 50 millions de dollars et est basée en plein Mountain View : bref un très joli succès comme nous aimerions tous en vivre.

En faisant des groupes de travail avec de nombreuses startup, ils ont fini ensemble par créer ce mouvement planétaire du Lean Startup.

Nous allons voir les 3 différents points qui constituent le Lean Startup : Vision, Pilotage et accélération. Dans ce premier article, nous allons parler de la vision.

Partie 1 : La vision

Un entrepreneur doit être un manageur

Il est important de comprendre que les entrepreneurs, créateurs de startup sont obligés  d’adopter une forme de management. Partir en freestyle est souvent le fruit d’un chaos et d’une fin bien loin de la réussite ; et ceci même pour les plus talentueux.

Il existe tellement de produits qui disparaissent peu de temps après leur exposition sur les étales, des startup qui tombent dans l’oublie après avoir été sous le feu des projecteurs… Il existe beaucoup plus d’échec que de succès.

Le Lean Manufacturing pour les startup

Le Lean Manufacturing qui a été introduit chez Toyota en 1950 a permis d’intégrer de la qualité sur l’ensemble des processus de la création de produit ; la méthode veut capitaliser sur le savoir faire et la créativité des employés, d’une production bien mieux maitrisée afin de réduire les stock et ainsi d’avoir des cycles de production nettement plus petits.

Le Lean Startup fonctionne en suivant exactement les mêmes idées afin de réduire au maximum les gaspillages. La méthode va d’ailleurs obliger de faire un suivi des progrès de façon rigoureuse et de façon constante.

Travail en isolation

De nombreuses entreprises fonctionnent en silos : les développeurs vont développer ensemble, le marketeux va faire du marketing ensemble… Quand on regarde de prêt, on découvre des satisfactions très étonnantes.

Voici un exemple que nous avons tous rencontrés et que nous avons d’ailleurs tous probablement vécu.

Moi quand j’ai commencé comme développeur, si j’arrivais à développer toute la journée, j’étais ravi d’avoir pu autant avancer contrairement aux journées où j’étais contraint d’aller dans des réunions où je me sentais pas 100% utile. L’auteur du Lean Startup explique d’ailleurs la même expérience comme quoi on vit tous les mêmes choses dans les grandes lignes.

En prenant du recul sachant que j’ai ensuite rapidement été du côté du management (avant de devenir un Coach Agile), j’arrive à comprendre que ma satisfaction n’était qu’en fait personnel. Est-ce que le fait d’avoir développé 100% de mon temps un jour a vraiment été à 100% utile pour le produit sur lequel j’étais ?

Je pense que non aujourd’hui. J’ai sûrement privilégier de coder que de répondre à mes mails en temps réel, je me suis probablement isolé du reste du monde pour bien me concentrer… Mais en fait le fait de m’être isolé à peut-être fait perdre du temps à d’autres personnes voire au produit lui même.

Certes c’est théorique mais en travaillant en groupe, on aurait peut-être beaucoup mieux avancé sur le produit : développeurs, métiers, product owner, utilisateurs….

Savoir changer de cap

L’une des choses les plus dures à faire et qui pourtant peut sauver des startup d’une mauvaise période est de savoir changer de direction.

Avec un ami entrepreneur, on décide de monter une entreprise sur un concept que nous pensons innovant et qui selon nous répondra à des problématiques de la vie quotidienne. Jusque là, il faut croire qu’on est sur la bonne direction.

Nous avons une vision de notre produit et nous fixons ensemble des KPI pour mesurer l’évolution de notre nouvelle startup. Et si les KPI que nous avions défini n’étaient pas les bons ? Et si nous mesurions pas la bonne chose ? Et si notre produit ne semblait en fait intéresser personne ?

Il y a deux solutions dans ce cas : tenter de continuer sur un chemin qui semble sans espoir ou prendre la dure décision de changer de cap.

Changer de direction est difficile car on se demande si on va pouvoir survivre, si on risque pas de casser des acquis… Mais quand on y réfléchit bien, si on est contraint de se poser cette question, c’est que les acquis sont minimes et que sans changement, nous irions dans le mur.

L’erreur est humaine, changer de direction, c’est l’accepter et se redonner des solutions.

Faire de l’AB Tasting

Plusieurs éditeurs proposent aujourd’hui de faire de l’AB Tasting pour tester éventuellement une nouvelle fonctionnalité sur une petite partie de la population avant de la généraliser.

Quoi de mieux que de tester le marché avant de trop investir dans quelque chose qui pourrait être un gouffre financier ?

Il ne faut pas hésiter à tester le marché car parfois celui-ci nous réserve de drôles de surprises. Les technologies d’aujourd’hui permettent de le faire donc il ne faut pas s’en priver.

Si une fonctionnalité proposée en format MVP (Minimum Viable Product) n’attire pas les foules, on saura qu’il n’est pas utile d’investir dans une version intégrale bien plus couteuse.

Tester son marché doucement mais sûrement

Toujours dans ce concept de tester avant d’investir massivement, j’aime beaucoup le cas de Zappos, célèbre site ecommerce de vente de chaussure racheté par Amazon.

Avant d’acheter des espaces de stockage et d’acheter les stocks, Zappos a privilégié une autre stratégie surprenante mais payante. L’entreprise a commencé par passer un accord avec les magasins locaux de chaussure : ceux-ci l’autorisent à mettre les photos de leurs chaussures en ligne et en cas de vente Zappos achète au commerçant, les chaussures au prix affiché.

Idée complètement folle au premier regard mais qui est en fait ingénieuse. Avant d’investir, Zappos voulait être sûr qu’il y avait un vrai marché pour les sites ecommerce de vente de chaussure. La résultat a été concluant et Zappos a investi dans les stocks et les entrepots.

Si en France ce nom n’est pas très connu, ce site est l’un des plus gros aux Etat Unis.

4 questions pour bien visualiser le marché

Mark Cook de Kodak Gallery demande à ses équipes de se poser 4 questions (et pas seulement la dernière) avant la création d’un produit :

  1. Les clients ont ils conscience du problème qu’on veut résoudre ?
  2. Si on leur propose une solution, vont-ils l’acheter ?
  3. L’achèteront-ils chez nous ?
  4. Pouvons nous trouver une solution à ce problème ?

Il a ainsi proposé cet exercice sur la création d’un album événementiel. Etant persuadé que cela marcherait, l’équipe a développé un prototype avec le minimum d’options. Au moment où cette nouvelle option était proposé aux clients, ceux-ci n’ont pas réussi à l’utiliser.

L’équipe était démoralisée car ce n’était évidement pas le déroulement espéré. Hors en réfléchissant bien, l’équipe a appris de ce prototype que les clients étaient vraiment intéressés par ce type de projet mais que l’outil n’était pas assez complet à leurs yeux.

Les plaintes sur certaines fonctionnalités manquantes ont permis de savoir celles qu’il fallait prioriser pour les prochaines versions. Un outil de commentaire en ligne KISSinsight a été mis en place par l’équipe ce qui a permis de savoir que les clients voulaient à tout prix agencer eux même l’ordre des photos.

On peut donc en conclure que le MVP n’avait pas forcément été bien cerné et que ces fonctionnalités étaient indispensables à celui-ci. Par contre, il y a bien une demande pour ce type de produits.

Mark Cook a ainsi pu demander au marketing d’attendre cette fonctionnalité avant de communiquer sur le produit afin d’avoir plus d’impact. Il aurait été dommage de communiquer sur l’outil avant d’avoir le vrai MVP de celui-ci.

Ne pas gaspiller inutilement

L’exemple de la CFPB mise en place par Obama est un bon exemple de l’intérêt de tester avant d’investir massivement sur des croyances initiales.

Cette nouvelle agence fédérale du gouvernement américain a pour but de protéger les américains des dérives liées aux prêts bancaires.  Un investissement massif car le gouvernement a décidé de verser 500 millions de dollars pour cette création.

Investir directement 500 millions n’a en fait pas de sens quand on ne sait pas réellement vers où aller.

Il a alors été proposé d’investir seulement quelques milliers d’euros pour mettre en place un premier call afin de recueillir les premiers appels ; ceux-ci permettront de dicter vers où se diriger. Est-ce que les américains vont submerger cette nouvelle agence fédérale ou vont-ils se cacher se trouvant honteux d’avoir été pris au piège par une banque ? Peut-on savoir réellement les problèmes que vont soulever les américains avant même de savoir ce qu’ils vont remonter aux agents de cette agence ?

Avoir de l’investissement est génial, mais il est préférable de tester son marché (même pour le gouvernement) afin de ne pas se risquer au gaspillage et d’optimiser la capacité d’agir.

Conclusion

Avoir une bonne vision est essentiel pour avancer dans le bon sens. De nombreux exemples cités dans le Lean Startup que j’ai ramené au sein de cet article sont de véritables exemples à suivre.

Monter une start-up est difficile, autant mettre tout de son côté pour réussir.

Suite : Plus loin avec le Lean Startup (part 2 – pilotage)

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