L’origine et les bases de l’agile bien avant le manifeste Agile

Ecrit par << Paquet Judicaël >>

J’entends encore de nombreuses personnes mettre l’origine de l’agile au manifeste agile en 2001. Non, l’agile est plus ancien et le monde de l’IT n’en est pas à la base.

Le mot agile pour commencer

Une documentation « 21st Century Manufacturing Enterprise Strategy Report » datant de 1992 de Roger N. Nagel que vous pouvez récupérer par vous même parle d’agile bien avant que l’existence du manifeste agile.

« The Agile Manufacturing Enterprise Forum seeks nothing less than the revival  of America competitiveness through the adoption of agile manufacturing strategies. The developers of this strategy believe that U.S.  industry does not have an unlimited amount of time to make this transition. »

Le terme n’était pas inconnu et part dès le départ dans un concept de transformation (pour ne pas dire de transition).

Cependant, on retrouve même ce terme utilisé une année avant soit en 1991 dans le livre la théorie de l’entreprise agile que vous pouvez acheter sur Amazon ; il nous rappelle d’ailleurs ceci :

« l’entreprise agile tend vers la vente, à chaque client, de « solution totales » mélangeant biens, services et informations, à haut niveau de différenciation et au prix de série et ce, compte-tenu du degré d’exigence occidental, depuis ces vingt dernières années [Nagel/Dove, 1991] »

On est bien loin des origines IT que les français pensent être à l’origine de l’agilité ; le mot agile était bel et bien dans une idée globale de l’entreprise et sa popularisation a commencé dès le début des années 90.

On peut donc dire que Roger N. Nagel est le père du mot « agile » bien que ce mouvement se basait lui aussi déjà sur d’autres principes plus anciens encore.

Remontons un peu l’histoire

Cet article ne rentrera pas dans les détails mais est juste là pour rappeler les origines de l’agilité avec le nom des sources fiables sur ce sujet. Il faut faire attention car de nombreuses erreurs circulent autour de l’agilité sur le net voire dans certains ouvrages.

L’agilité renvoie tacitement son paradigme sur la théorie du « design organisationnel »; Galbraith en 1977, le définie comme « un processus de décision visant à aboutir à une cohérence entre les objectifs originels et structurant de l’organisation (la stratégie) et les modes d’organisation du travail et de coordination des unités et du personnel ». [théorie de l’entreprise agile]

Cette théorie intègre différentes approches de l’organisation comme la théorie classique, l’école des relations humaines, la psychologie industrielle ou la théorie de la contingence.

Leblond et Paquet (pas moi sur le coup) parlent en 1988 des nouvelles organisations avec des principes tels que la décentralisation des prises de décisions, la réduction des niveaux hiérarchiques, le management par le leadership, l’auto-organisation des équipes, utilisation stratégique de la vitesse et des premières expériences. Tous ces principes se basent sur des modèles comme l’adhocratie mis en place par Bennis et Slater en 1964.

Donc l’agile ?

Les principes qui ont été repris par Roger N. Nagel avec lesquels le mot  « agile » est apparu, datent des années 60 voire même d’avant.

Le mot « agile » lui est apparu avec le travail de Nagel sur une organisation d’entreprise.

Mais le concept de transformation agile d’une entreprise agile qui revient de plus en plus est bel et bien à l’origine de l’agilité. Donc aujourd’hui ces transformations agiles qui se multiplient sont belles et bien la base attendue de l’agilité.

Et non, la transformation agile n’est pas une extension des méthodes agiles… C’est bel et bien l’inverse.

Et le manifeste Agile dans tout ça ?

Le manifeste Agile est le résultat d’un travail de 17 spécialistes du développement de logiciels en 2001 qui se sont réunis pour le créer ensemble :

  • Ward Cunningham l’inventeur du Wiki.
  • Kent Beck créateur de l’extreme programming et co-créateur de JUnit.
  • Ken Schwaber et Jeff Sutherland créateurs et promoteurs de Scrum
  • Jim Highsmith prônant l’ASD
  • Alistair Cockburn prônant la méthode Crystal clear
  • Martin Fowler, Dave Thomas et Arie van Bennekum pour DSDM.

Cependant, il faut bien comprendre que si aujourd’hui beaucoup de choses se basent sur ce manifeste agile, il n’est absolument pas le père de l’agilité. On peut considérer le manisfeste agile comme une déviance de l’agile comme l’ont fait certains avec « Lean Startup » ou autres basées sur la philosophie du Lean (j’ai vulgarisé pour ne pas rentrer dans les détails au sein de cet article).

Mais le Scrum est devenu méthode agile que plus tard ?

Et oui, le Scrum est plus ancien que le manifeste agile qui se veut être la définition des méthodes agiles. Le terme de Scrum est apparu en 1986 dans une publication japonaise nommée The New New Product Development Game et est devenu la méthode de gestion de projet que l’on connait aujourd’hui en 1995 présentée par Ken Schwaber.

Le manifeste agile s’est basé sur différentes méthodes de gestion de projet pour se créer comme le Scrum, l’XP, le RAD, le DSDM…. Et sachez qu’on considère même l’EVO publiée en 1976 comme la première méthode de gestion de projet qui a été validée « méthode agile ».

Attention, cela ne veut pas dire que l’agilité date de 1976 car on est au niveau des méthodes agiles et pas de l’agile (il faut bien séparer les deux).

La roue de Demming est un ancêtre du coup ?

La roue de Deming est considéré par certains comme un des ancêtres de l’agilité mais c’est en fait un concept Lean qui peut être considéré comme un ancêtre des « méthodes agile ».

la roue de Deming
la roue de Deming

Maintenant vous devez bien mieux comprendre la subtilité voire comprendre que les méthodes agiles ont piocher leurs concepts à différents endroits.

En quelques mots la roue de Deming est le résultat de travaux de Walter A. Shewhart et de William Edwards Deming publiés en 1939. La roue de Deming a ensuite été importée au Japon en 1950 et popularisé les années suivantes.

Conclusion

L’agilité est un terme qui est apparu en 1991 mais qui se base sur des concepts bien plus anciens.

La définition des « méthodes agiles » est apparu en 2001 avec la création du manifeste agile qui est considéré comme les bases de l’agilité par erreur.

Sans aller dans le débat, certains considèreront que l’entreprise libérée ou l’holacratie sont de vrais enfants de l’agilité contrairement au Scrum… Je vous laisse seul juge de cette dernière phrase.

7 réponses sur “L’origine et les bases de l’agile bien avant le manifeste Agile”

  1. Merci pour cet article. Il resitue « la transformation agile » dans un processus historique et industrielle. L’avantage est de pouvoir aller capter la philosophie originelle et éviter ainsi de rester au niveau du vernis et des discours pompeux.

  2. Bonjour,
    Merci pour ce post.
    Je me sens moins seul à penser que l’agilité n’est pas apparue
    ex nihilo en 2001 et de penser que la roue de deming est un ancêtres des méthodes agiles.
    Pour moi le Lean ( et six sigma) c’est être plus efficace (qualité,efficacité opérationnelle) et prévisible.
    L’autre pan de l’agile visant ,selon moi, a être prés des besoins clients et délivrer un périmétre focntionnel fluctuant à un rythme
    constant.

  3. Le hic étant que le mélange de l’amélioration continue (Lean) et de la réingénierie disruptive du process de développement (initiée par la méthode RAD en 1991) est la cause de tous les errements actuels en matière d' »Agilité » telle que pensée par les signataires de l’Agile Manifesto (lesquels sont depuis quelques années en train de pleurer sur le sort que les certifications bidons on réservées à leur bébé). Quand à Scrum et ses deux ou trois pratiques déjà connues (sprint, show, rétrospectives) et ses recommandations révolutionnaire très souvent non suivies (disparition du CP et engagement unique en plateau projet) ce n’est pas une méthode agile mais quelques simples principes d’amélioration continue enseignés en deux jours. Ce n’est pas avec cela que se construiront les SI du futurs. D’ailleurs, le lourd revient en force et à juste titre avec SAFe. Mais comme ce truc (pas mal conçu d’ailleurs, Rational et IBM obligent) se contente de « scaller » une méthode de 5 lettres …

  4. Merci pour cet article très intéressant !

    Petite rectification (il me semble) : Vous mentionnez Robert N. Nagel) mais s’agit-il de Roger N. Nagel ?

    Par ailleurs, informations « rigolote ». Avant le manifeste de 2001, les théoriciens du travail (Alistair etc…) parlaient plutôt de méthodes « légères ».
    Le mot a été abandonné (Les « méthodes légères » donnaient l’impression de s’adresser à des « débiles légers » (sic)).

    (Livre de Nagel disponible ici : https://www.amazon.fr/Agile-Competitors-Virtual-Organizations-Strategies/dp/0442019033)

    1. Tu as raison, petite erreur de ma part ^^ Corrigé.

      Je connaissais pas cette anecdote 🙂 Tu as une source par hasard car ça pourrait alimenter l’article du coup.

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